” C’est le livre que j’aurais voulu écrire !” Combien de fois, en bavardant avec des copines écrivaines ou  bouquineuses, je les ai entendues prononcer en extase cette phrase. Au réveil de ma curiosité engourdie par l’hiver, j’ai posé la même question à certaines d’entre elles. Différents profils, différents intérêts, mais la lecture ou l’écriture (et pas que!) comme dénominateur commun.

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Guillemette Bardinet – BGV

Guillemette Bardinet est une femme à grande vitesse, ex-journaliste, mère, créatrice de BGV, Bordeaux à Grande Vitesse, un concept unique et original dans une ville en plein essor: accueillir les nouveaux arrivants avec un programme d’intégration sur mesure.
Guillemette, sans même y penser, me donne immédiatement son titre, “Ma part d’ombre” (My dark places, 1966) de l’écrivain américain James Ellroy. Un livre captivant, bouleversant, dérangeant. Une autobiographie consacrée au meurtre de sa mère. “Un livre dur, violent, âpre et beau, malgré tout.
Une écriture trash, factuelle et impeccable dans une Amérique de cauchemar. On y lit l’amour d’un fils pour sa mère,  très entre les lignes, par un procédé qui m’ échappe. Et c’est cela qui me cueille”. Âmes sensibles s’abstenir.

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Anne Quimbre

Anne Quimbre est un petit volcan. Sa couleur? Rouge flamboyant. Complexe mais pas trop compliqué, comme un bon millésime. Attachée de presse, rédactrice en chef, passionnée de tourisme, de culture et de patrimoine, auteur d’un blog décalé Papotiche, qui réconcilie le féminisme et la féminité avec des notes d’humeur et d’humour. Anne ne se contente pas d’un simple livre mais vise à une saga. Sa préférée est la série de “Les Rougon-Macquart” d’Émile Zola, publiée de 1871 à 1893. Intrigue, sexe, complots. Rien à voir avec  “Games of Thrones”! Les personnages sont brillants et passionnés, et suscitent une forte sympathie (par exemple Gervaise dans Assomoir, ou Étienne dans Germinal). Mais c’est aussi une fresque sociale et humaine, entre les guerres, la lutte contre les inégalités,  la dénonciation de l’hypocrisie bourgeoise du XIXe siècle, l’ascension sociale désormais possible pour toutes les classes, ainsi que l’idée que, quel que soit le milieu où l’on naît,  tout peut basculer brutalement à cause de la nature humaine et de ses failles: la jalousie, la cupidité, la paresse, la bêtise. “J’aimerais tant pouvoir écrire une telle saga au 21e siècle….!”

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Marie-Laure Hubert-Nasser

La DirCom de la Ville de Bordeaux, Marie-Laure Hubert-Nasser, est une femme aux multiples facettes: communicante, mère, écrivain, journaliste et féministe contemporaine. C’est toujours un plaisir d’écouter ses opinions libres et absolues. C’est «Corps et Âme»  de Frank Conroy (1993) le livre qu’elle aurait voulu écrire. Un roman fort, puissant et indélébile dans sa mémoire. Sans doute le destin d’un enfant prodige, la solitude, l’incroyable puissance de la vie, mais surtout l’histoire d’un don, la musique, autour de laquelle gravitent d’autres thèmes fondamentaux: les différences sociales, la pauvreté, la violence, le mythe américain qui s’effondre, le nazisme, l’argent, le boom immobilier, et New York des années 1940, en arrière plan controversé. Quelle que soit la volonté du destin, l’art nous sauve de toutes les errances. “Je crois que j’aurais vraiment aimé écrire ce livre. Sa puissance est une déflagration, dont je me souviens trente ans après!”.

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Nathalie Vallez-Lacaze

Nathalie Vallez-Lacaze, journaliste, maman, petit phare de la presse féminine et culturelle de Bordeaux, est une femme enthousiaste et altruiste. C’est une vraie bouquineuse, une dévoratrice de livres, et elle les aime tous. À ma question, elle hésite avant de faire du tort à tous ses auteurs bien-aimés. Avec un petit jeu d’astuce, elle me donne quatre noms: Romain Kacev, Émile Ajar, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi … Alias Romain Gary.  Ecrivain, diplomate, aviateur, militaire, résistant, scénariste et réalisateur. “La vie devant soi” (1975) est le livre qu’elle aurait voulu écrire. Un roman universel, toujours d’actualité, qui reflète la personnalité de l’auteur, un homme d’une grande humanité et d’une grande intelligence. Un livre d’amour et de compassion entre un enfant et une dame juive survécue au camp de concentration nazi d’Auschwitz.  “Je lis beaucoup, toutefois je n’aurais pas aimé, ou plutôt pu, écrire beaucoup de livres que j’ai lus. Mais ce livre réussit le tour de force d’être à la fois d’une écriture naïve et lyrique, dont personne ne sort indemne.”

Et moi? Le livre que j’aurais voulu écrire c’est le roman, petit et prodigieux,  de Stefan Zweig: “Vingt-quatre heures de la vie d’une femme”. Un coup de maître. Un cadre fascinant début siècle sur la Côte d’Azur, un mélange de suspense et d’introspection et de sensations irrationnelles et scandaleuses. Raison et déraison féminine. Un récit presque cinématographique, original et moderne. Mon hommage à toutes ces femmes inspirantes, libres et passionnées, que j’ai la chance de rencontrer dans ma bella Bordeaux. Et ailleurs.