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Le pin puissant

Lorsqu’une exposition se termine, le temps s’arrête. Bilans, succès, critiques, encouragements. Tout se redimensionne. Discrètement, sans excès.
La fin de notre dernière exposition Un voyage pittoresque me touche tout particulièrement. C’est peut-être l’âge, ou l’automne pluvieux à Bordeaux ou juste l’angoisse du Covid-19, mais vider la Halle des Chartrons et voir partir les «tableaux photographiques» de Nicolas Seurot, soigneusement emballés, me rend mélancolique.

La rencontre avec Nicolas a été – pour la première fois de ma vie – une rencontre digitale, un coup de cœur artistique sur Instagram, où je fais défiler à la fois des images techniquement parfaites mais aussi des gâteaux d’anniversaire, des pieds disgracieux face à la mer, des  duck faces ou des feuilles mortes à jamais…

Mais Nicolas avait posté la photo d’un pin, puissant, majestueux, absolu. Un pinus pinea, méditerranéen, protecteur, évocateur de soirées d’été parfumées et désormais lointaines, un bagage de souvenirs d’enfance, éloignés, si beaux et purs que seule l’enfance peut vous offrir. L’effet de la petite madeleine pour Marcel Proust….

Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.

D’où avait pu me venir cette puissante joie?

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Galaxeidi, Grèce

Tant d’émotions ne peuvent pas vous laisser indifférent, même si la distraction d’aujourd’hui et la surdose d’images (souvent laides) dont nous sommes victimes, tendent à banaliser le moment présent. En tout cas, je ne me souviens pas si ce jour-là j’avais vraiment eu le temps  (je ne parle pas du temps physique, voire chronologique, mais du temps psychologique , donc conscient) de découvrir l’oeuvre de Nicolas Seurot,  mais je suis partie à la recherche d’autres images sur Instagram et plus tard sur son site internet. Je découvre que Nicolas, éclectique et mélancolique, dans une autre vie était directeur artistique, je comprends donc son  sens aigu du cadrage, son attention aux lumières et aux techniques d’impression, et son imagination vive et jamais répétitive. Je flashe sur  la collection ‘Fine Art’ où dans les Visions passéistes,  je retrouve tous les codes de la peinture de paysage XVIII/XIX… Les pins, les frênes, les ciels mouvants et émouvants, les lumières, les ombres ….Un bonheur pour moi.

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Jardin Public – Bordeaux

Depuis quelques temps, j’avais  l’idée d’organiser une exposition romantique et contemplative pour notre association culturelle La Bella Bordeaux,  qui pouvait nous réconcilier avec nos vies à grande vitesse.   Les tableaux photographiques de Nicolas Seurot ont été le point de départ d’un magnifique voyage dans la mémoire, à la recherche d’une beauté universelle.

L’exposition Un voyage pittoresque ,  qui a eu lieu à la Halle des Chartrons à Bordeaux, a donc imaginé une complicité entre les magnifiques œuvres de Nicolas Seurot et certains récits de voyage des plus illustres écrivains du 19e siècle, Victor Hugo , Arthur Schopenauer, Stendhal, Hyppolyte Taine, etc..Surtout, des descriptions poétiques des beaux paysages de notre région, l’Aquitaine, avec ses immenses pinèdes, l’océan, les dunes, les ciels magnifiques et les nuées d’oiseaux. Paysages encore inchangés aujourd’hui et gardiens d’une beauté pure.

Sans oublier,  les vues de la ville de Bordeaux qui, selon le grand romantique Victor Hugo, n’avait rien à envier à la ville de  Paris.

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Pont de pierre – Bordeaux

 

Enfin, avec l’aide du dramaturge et historien de la musique, Laurent Croizier, une conférence-concert a été organisée pour raconter la manière dont la musique , avec ses couleurs, ses accords et ses timbres, a célébré depuis des siècles, les mystères et les mille visages de la nature. Tout au long de l’exposition, les paysages musicaux de Debussy, Mozart, Beethoven, Puccini et Verdi nous ont accompagnés dans ce voyage dans l’équilibre de l’âme, un itinéraire de l’imaginaire vers un monde idéal, où la nature reprend son espace tout en évoquant une sérénité perdue. Une Wanderung romantique, où les émotions s’imposent encore libres, sereines et  puissantes.

À tous ceux qui sont venus visiter l’exposition , défiant la pandemie, le durcissement des contraintes sanitaires  et les averses torrentielles,  un grand merci  d’être partis avec nous pour ce voyage pittoresque. Et merci à Nicolas Seurot pour son talent, sa passion et sa bonne humeur . Ça fait du bien.

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Le ballon

> Pour consulter le site internet de Nicolas Seurot , c’est PAR ICI

> Pour adhérer à l’ Association culturelle La Bella Bordeaux,  c’est  PAR ICI